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CRESSENT Charles

Charles Cressent (Amiens, 16 décembre 1685 - Paris, 10 janvier 1768) ébéniste-sculpteur. Il recherchait les mélanges de bois précieux, rose, amarante et satinés et ses tables étaient garnis de cuivres et de bronzes d'une belle ciselure. Il resta toujours fidèle au style Régence.

Installé rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris, Charles Cressent, dont l'activité couvre les années 1719 à 1757, est l'ébéniste le plus représentatif du style Régence. Pour recenser son oeuvre, puisqu'aucun meuble produit par lui n'a jamais été estampillé, on dispose de plusieurs types de sources. En premier lieu figurent les mentions des commandes les plus prestigieuses qu'il a honorées, pour Philippe, duc d'Orléans, Régent de France de 1715 à 1723, qui fut son principal commanditaire ? dès 1723, Cressent s'intitule « ébéniste ordinaire des Palais de son Altesse royale Monseigneur le duc d'Orléans, Régent du Royaume » ?, pour son fils, Louis, duc d'Orléans, dit le Pieux (1703-1752), pour l'Électeur de Bavière, le prince Charles-Albert (1697-1745) ou pour le roi Jean V de Portugal. Les catalogues de ventes du XVIIIe siècle sont également précieux, tout comme les inventaires de bronzes faits au cours de saisies dans son atelier en 1723, 1733 et 1735. Parmi les catalogues de ventes, signalons celui du mobilier de Marcellin-François-Zacharie de Selle, trésorier général de la Marine, en 1761, qui regroupait toute une section de meubles sous le titre Ouvrage du sieur Cressent, Ebeniste de feu Mgr le Duc d'Orléans, Régent, ou celui d'Augustin Blondel de Gagny, trésorier général de la caisse des amortissements et l'un des six intendants chargés des Menus Plaisirs du roi à partir de 1754. Les inventaires après décès de ses clients sont une autre source, comme celui du conseiller du roi, trésorier général des finances de la Maréchaussée de France et trésorier receveur général des finances de Dauphiné, Emmanuel Gaillard de Gagny (mort en 1759), ou du ministre Jean de Boullongne (mort en 1769). Existent aussi les catalogues des trois ventes successives des collections de tableaux et du stock de meubles de l'ébéniste, en 1748, 1757 et 1765.
Les descriptions précises des meubles et l'identification de ceux-ci dans les collections publiques ou privées, quand cela est possible, révèlent une production très homogène, composée de bibliothèques ou d'armoires, de bureaux, de commodes, d'encoignures et de quelques cartonniers, serre-papiers, ainsi que des pendules, cartels et régulateurs. Les bois utilisés sont presque toujours le bois satiné ou l'amarante, souvent associés, en placage uni ou marqueté en feuilles, ou encore en croisillons et pointes de diamant. Plus rarement, on trouve du bois de violette ? sur le régulateur de parquet conservé au musée des Arts décoratifs de Lyon (inv. MAD 1161), par exemple ? et parfois du bois de Cayenne, sorte de bois satiné couleur cerise. L'importance du décor sculpté est remarquable chez Cressent. Les meubles sont couverts d'une profusion de bronzes dorés. Fils de sculpteur et petit-fils de menuisier-sculpteur, Charles Cressent avait lui-même d'abord été reçu maître sculpteur à Amiens, en 1708, puis à Paris, en 1719, et il était membre de l'Académie de Saint-Luc. Il essuie plusieurs démêlés avec la corporation des fondeurs et celle des doreurs, en 1722, 1733 et 1743, puisque sa production, considérable, n'est pas seulement destinée à l'ébénisterie mais comprend aussi des chenets, bras de lumière, lustres, miroirs, ornements de cheminée et de tabernacle, empiétant ainsi sur les prérogatives de leurs corporations.
Son activité d'ébéniste semble débuter avec son mariage, en 1719, avec Claude Chevanne, veuve de l'ébéniste Joseph Poitou (vers 1680-1719), dont il reprend l'atelier. La commode du musée des Arts décoratifs est caractéristique de l'évolution des formes Régence, déjà transformées par le goût rocaille, avec ses deux tiroirs ouvrant, séparés par une traverse apparente, ses hauts pieds légèrement cambrés et son riche décor de bronzes dorés qui s'enlève sur un placage en frisage de satiné à bandes d'amarante. Elle appartient à un type élaboré par Cressent à la fin des années 1720, qui reprend en le simplifiant les motifs de grandes palmes également attribuables aux années 1735-1750. Le cartouche central, qui unifie les deux étages de tiroirs en atténuant la traverse, adopte un dessin campaniforme en disposant, autour d'une chute centrale de fleurs, deux crosses contrariées, l'une godronnée, l'autre festonnée. Celle-ci comporte à ses extrémités des boutons de tirage qui permettent d'ouvrir le tiroir inférieur. Au niveau supérieur apparaissent des boutons de tirage isolés. Les pieds sont enrichis de griffes en bronze doré. Des baguettes en jaillissent. Elles soulignent les montants dont les sommets antérieurs portent des bronzes au décor quadrillé de fleurettes et une chute de végétation. Deux tiges végétales, naissant aussi des griffes, soulignent la courbe de la ceinture. Au centre de cette dernière, sur les côtés, prend place un décor de coquille. Les montants arrière reçoivent une chute végétale.
Tandis que les premières commodes de Cressent marquent fortement la division des tiroirs, à la fois par la traverse et par des encadrements de bronze, l'évolution du goût rocaille incite l'ébéniste à atténuer la division en donnant aux bronzes un mouvement continu, tout en maintenant la traverse de bois. Cette évolution impose une découpe complexe des ornements de métal. Les motifs végétaux ou rocailles donnent une plus grande fluidité au décor. Cressent continue néanmoins de privilégier les galbes doux qui appartiennent pleinement au style Régence. Deux autres commodes de Cressent adoptent le même vocabulaire décoratif que l'exemplaire du musée lyonnais, avec ses crosses contrariées, ses chutes de fleurs et ses boutons de tirage : la première appartenait à l'ancienne collection du Boisrouvray ; la seconde, à l'ancienne collection Davis. Elles sont aujourd'hui dans des collections privées.

Pierre Lemaitre
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